Le Terrible Two : 7 questions à Marlène, éducatrice de jeunes enfants

Le Terrible Two

Le Terrible Two on l’appréhende parfois, on ne le sent pas passer ou on désespère d’en finir avec cette étape.

Le Terrible Two, cette fameuse crise des deux ans où bébé s’affirme. Le petit ange pique des crises et peut rendre ses parents un peu fous à force de non à répétition.

Charlie a bientôt 3 ans (vous pouvez suivre les préparatifs de son anniversaire sur mon compte Instagram @julie_olk) et nous a plutôt épargné de ce point de vue. J’avoue que quand j’observe les autres parents autour de moi ou bien sur les réseaux sociaux, je suis parfaitement consciente que nous avons été plutôt chanceux de ce point de vue. Nombreux sont ceux qui se sentent perdus ou désemparés pendant cette phase.

Alors quand Marlène, éducatrice de jeunes enfants dans la crèche de Charlie, m’a proposé de répondre à vos questions sur le sujet j’ai été ravie !

1) Mon fils de 28 mois nous fait régulièrement de petites crises mais comment savoir si nous sommes en plein Terrible Two ? Comment le reconnaitre ?

Le Terrible Two se caractérise par des « crises » d’opposition. (Le Terrible Two est d’ailleurs appelé période d’opposition en français.) A 28 mois, un enfant est en plein dans cette période sensible qui se déclenche aux alentours des 2 ans et dure environ jusqu’à 3 ans. Cette période se caractérise par une incapacité pour l’enfant à gérer ses émotions (très souvent la frustration ou la colère) et qui déclenche des crises.

Le cerveau des enfants à cet âge là n’est pas encore assez mature pour gérer toutes ces émotions et ces crises sont le moyen pour l’enfant d’évacuer toute cette frustration, cette colère, d’exprimer ses émotions. Lors de cette période, des situations qui nous paraissent futiles en tant qu’adultes vont être très difficiles à gérer pour les enfants et vont engendrer des crises. 

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2) Nous avons 3 enfants de 7 ans, 4 ans et 2 ans et demi et notre dernier est en plein dedans. Comment préserver les ainés et maintenir l’équilibre ?

Le plus important selon moi est de verbaliser la situation, d’expliquer aux enfants ce qui se passe surtout aux plus grands qui sont en mesure de comprendre.

Ensuite je pense qu’il faut que chacun des enfants arrivent à garder sa place et que les deux aînés ne se sentent pas délaissés par rapport au plus jeune à qui on aurait tendance à accorder plus d’attention à cette période. Il faut faire en sorte que chacun passe de bons moments en famille mais aussi en individuel avec les parents, ou un des parents lorsque cela est possible évidemment. Ces moments en individuel peuvent également être bénéfique au plus jeune qui traverse cette phase de crise d’opposition.

3) Mon enfant a 18 mois et est très caractériel même s’il ne parle pas encore. Peut-on déjà parler de Terrible Two possible à cet âge-là ?

Oui le Terrible Two commence en général vers 2 ans mais il peut aussi bien commencer avant comme après. Tout dépend également de l’enfant chaque enfant vit ce passage de façon différente. 

4) Notre garçon de deux ans répond « Non » à toutes nos questions, et refuse tout ce qu’on lui propose. Nous savons qu’il est en plein dans sa phase de « terrible two », mais avec sa maman nous avons du mal à trouver les mots pour contourner les refus ? Ce ne sont pas des crises de colère mais une difficulté à établir un dialogue. Comment communiquer et l’encourager à nous parler ?

Etablir le dialogue pendant cette phase peut effectivement être très compliqué. L’important je pense est de ne pas braquer votre enfant. Continuez à essayer d’établir le dialogue, en lui proposant plusieurs options lorsque c’est possible (par exemple pour un jeu). Les enfants de cet âge là sont de plus en plus autonomes et en recherche d’autonomie et de prendre leurs propres décisions. Cependant il est également important de garder un cadre clair et fixe en ce qui concerne les règles à la maison. Ce cadre est rassurant pour les enfants, ils ont besoin de cela. Même si ces nombreux refus sont très décourageants il ne faut pas hésiter à continuer de l’encourager à parler. 

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5) Certaines crises de ma fille de bientôt 3 ans la mettent dans tous ses états : hurlements (arrive un moment où l’on ne peut même plus parler de cris), coups… Il lui arrive même de se rouler par terre. Comment pouvons/devons-nous réagir ? Comment faire face à de telles situations que ce soit à la maison ou pire… en plein milieu de la rue ?

Les crises qui surviennent lors de la phase d’opposition peuvent être assez surprenantes. Les hurlements, les coups et le fait de se rouler par terre sont très impressionnants mais c’est normal lors de cette phase.

Il est important de légitimer et tenter de mettre des mots sur les émotions que ressentent les enfants. Ils ont le droit d’être frustrés, en colère, tristes etc et le fait que l’adulte le reconnaisse est souvent déjà une étape importante. Ensuite il faut essayer de comprendre ce qui peut mettre l’enfant dans cet état là et quand c’est possible l’aider à trouver une solution, et quand ce n’est pas possible expliquer pourquoi. Lorsque ces crises surviennent en plein milieu de la rue, je peux comprendre que le regard des autres soit difficile à accepter, mais il n’y a pas de différentes manières de réagir à la maison ou à l’extérieur… Vous savez que vous faites ce qu’il y a de mieux à cet instant pour votre enfant alors ne tenez pas compte des regards et avis extérieurs, même si je sais que parfois c’est difficile. 

6) Je perds patience et j’ai du mal à accepter ses crises trop nombreuses à mon gout. Il m’arrive de hausser le ton et de hurler à mon tour (ce qui n’arrange rien) ou bien de céder à toutes ses demandes pour éviter l’affrontement. Malgré son jeune âge je voudrais savoir si mon enfant peut comprendre que son comportement est difficile à supporter pour nous ?

Effectivement les enfants à cet âge là sont capables de comprendre que nous sommes parfois démunis face à leurs réactions et comme je l’ai dit plus haut il est important de leur dire. Comme je l’ai déjà évoqué, il est important de garder un cadre fixe qui est rassurant pour les enfants. Lors de cette période d’opposition les enfants vont « tester » ce cadre pour être sur qu’il ne bouge pas et qu’il reste le même, c’est pour cela qu’il faut que les règles soient les mêmes et ne changent pas même si cela entraîne des crises. Cependant, tout ne doit pas être imposé pour ne pas être source de frustration que l’enfant ne saura pas gérer. Il faut accepter de céder sur certaines choses qui n’ont pas d’importance mais rester ferme sur d’autres, il faut savoir trouver un juste milieu.

En ce qui concerne la façon de parler, je comprends que cela peut être difficile mais parler de la façon la plus calme possible en expliquant bien la situation va inciter l’enfant à se calmer et à parler calmement lui aussi au fur et à mesure. 

7) Nous essayons de faire comprendre à notre fille de 2 ans qu’elle peut aussi s’exprimer simplement sans forcément hurler ou s’énerver. Nous lui expliquons donc qu’elle peut nous parler pour nous dire ce qu’elle a en tête ou au moins nous dire ce qu’elle ressent. Est-ce que vous avez des supports à nous recommander pour travailler sur l’expression ou les émotions avec elle ?

Le premier support qui me vient à l’esprit sont les livres, que ce soit pour les enfants ou les parents. Il existe de nombreux livres qui parlent de la colère. Le plus connu je crois est « Grosse colère » de Mireille d’Allancé ou « Non non et non » du même auteur. Il en existe d’autres qui peuvent permettre à l’enfant de verbaliser ses émotions comme « la couleur des émotions » de Anna Llenas, ou « Le livre en colère » de Vincent Bourgeau, ou « le livre qui dit non ». En ce qui concerne les livres pour adultes « J’ai tout essayé » de Isabelle Filliozat me semble être un bon support ou encore « au coeur des émotions de l’enfant ». En crèche nous utilisons également un système de « coussin colère » qui peut facilement être reproduit à la maison. Il s’agit d’un coussin qui est à disposition de l’enfant et sur lequel il a le droit d’exprimer sa colère comme il le souhaite, il peut taper, mordre, lancer le coussin etc Nous avons également une boîte de la colère dans laquelle les enfants peuvent crier lorsqu’ils en ont besoin. 

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Le Terrible Two

Marlène est éducatrice de jeunes enfants.

« J’ai choisi ce métier car j’ai toujours voulu travailler avec des enfants, et de tous les métiers de la petite  enfance c’est celui dans lequel je me suis le plus reconnue. Contribuer à l’éveil des enfants, les guider vers leur autonomie, les observer pour proposer des actions pédagogiques ciblées et proposer des activités sont des missions de mon travail qui me tiennent à cœur. »

2 Commentaires

    • Julie Olk
      Auteur
      17 octobre 2019 / 11 h 24 min

      Hello, Merci pour ce commentaire. Je suis aussi d’accord et la remercie encore pour ses réponses de qualité. 🙂

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