L'instinct maternel est-il un mythe ?

instinct maternel

 

En discutant avec de futures mamans ou bien au cours de pérégrinations sur internet, j’observe certaines futures mamans pleines de doutes : Sauront-elles aimer leurs enfants ? Sauront-elles s’en occuper correctement ? Seront-elles de bonnes mères ?

 

Des questions qui ne sont pas rares chez les futures mamans et qui témoignent, à mon avis, de leur désir de s’occuper correctement de leur enfant à naître.

Au coeur de ces échanges, j’ai souvent vu revenir la question de l’instinct maternel.

Mon extraordinaire mamie m’en parlait d’ailleurs beaucoup avant la naissance de Charlie. « Tu verras ma fille ! C’est comme ça, tu ne te poseras pas de questions » me disait-elle avec un air de Marthe Villalonga dans le film Un éléphant ça trompe énormément (oui du coup si vous voyez le profil vous vous dites probablement qu’il aurait justement mieux valut se poser plus de questions^^).

 

Mais alors ce fameux instinct maternel existe t-il oui ou non ?

Et, si oui, viendra t-il à notre secours une fois bébé venu au monde ?

 

 

 

L’instinct maternel, c’est quoi en fait ?

 

Voilà une très bonne question. Parce qu’en fait cette expression recouvre des réalités bien différentes dans la bouche des uns et des autres.

 

Une maman que j’ai lu sur internet explique que pour elle il s’agit d’un amour « fort, incommensurable, inconditionnel, qui dépasse tout ».

Pour une autre il s’agit de « quelque chose de viscéral, de l’ordre de la survie et je pense qu’il y a une part d’innée, ne serait-ce que sur le plan hormonal. »

Enfin une autre explique qu’il s’agit pour elle de « la partie animale qu’il nous reste génétiquement pour assurer la survie de l’espèce humaine ». C’est ce qui va nous faire « sortir les griffes » dès qu’on pensera notre bébé en danger, ce qui fait qu’on regarde notre enfant amoureusement même s’il n’est pas objectivement beau, qu’on le prend dans nos bras quand il le réclame et même sans qu’il le réclame. C’est ce qui fait que notre enfant devient notre seule et unique priorité. Il s’agit pour moi de quelque chose de profondément ancré dans notre subconscient. »

 

J’avoue qu’avant cet article je ne sais pas exactement comme je l’aurai moi même défini mais en y réfléchissant, je dirais, que la notion d’instinct ramène à l’idée de quelque chose qui dépasse notre pensée et notre capacité de raisonnement.

Ce serait donc, pour moi, ce qui ferait qu’une femme devenue mère sait de manière intuitive ce qu’il convient de faire parce que c’est ancré en elle depuis la nuit des temps. Elle répèterait donc des gestes ancestraux devenus partie intégrante de ce que nous sommes, de notre condition humaine. Un instinct auquel une mère obéit en somme sans même s’en rendre compte, parce que de façon innée elle contribue à assurer la survie de l’espèce. 

C’est en tout cas un peu ce à quoi me ramène la notion d’instinct. C’est un peu comme manger en somme… c’est vital !^^

 

 

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L’instinct maternel n’est pas amour 

 

De toute évidence nous ne parlons donc pas toutes vraiment de la même chose en utilisant ce terme…

Ce qui fait a minima consensus c’est qu’il s’agit d’un ressenti particulièrement fort qui nous dépasse.

 

Dans ce cas qu’est ce qui le distingue de l’amour que nous portons à nos enfants ?

 

Selon moi 2 choses le différencie de l’amour : 

 

1) L’instinct s’attache à préserver l’espèce. Il n’est pas là question de sentiments. Il nous permet de savoir comment agir, quoi faire ou comment nous comporter pour nos occuper correctement de notre enfant. Il s’attache à des gestes et des attentions pour prendre soin de notre bébé et non à des sentiments. Cela ne veut pas dire que nous n’effectuons pas ces gestes avec amour. Au contraire, l’amour peut ici être l’allié précieux, voir même le fidèle serviteur, de notre instinct.

 

2) L’instinct est attaché à notre condition, il est viscérale. L’amour est un sentiment qui se construit et évolue. Nous pouvons aimer notre enfant avant même sa conception tellement nous le désirons, nous pouvons l’aimer alors qu’il n’est pas encore né et lui parler tout doucement quand nous le portons, nous pouvons l’aimer dès le premier regard posé sur lui. Cet amour évoluera au fur et à mesure que nous tisserons une relation avec notre enfant. 

L’amour se construit et n’a donc rien d’inné qu’importe son ampleur.

Je trouve cet idée rassurante d’ailleurs. J’aime mon fils plus que tout et j’ai parfois même l’impression que je l’aime tant que mon coeur va exploser de bonheur. Ce sentiment est réel, il est le fruit de notre relation et non quelque chose d’inscrit dans mes gènes.

 

La psychanalyste Catherine Vanier (chercheure associée au CRPMS de l’Université Paris Diderot) explique d’ailleurs qu’il ne faut pas confondre instinct et amour maternel et que si l’amour maternel ne s’apprend pas il n’est pas pour autant inné.

 

 

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Les arguments en faveur de son existence 

 

L’être humain est un mammifère, avec un certain niveau d’évolution c’est certain, mais un mammifère. Nous sommes donc des animaux nous aussi.

Or, si un point fait consensus c’est bien celui de l’existence cet instinct chez les animaux. Ils ont un comportement inné vis à vis de leur progéniture qui vise à assurer la survie de l’espèce. 

 

Une étude parue à l’automne dernier démontre également que certaines zones du cerveau des mères montrant une intention de se déplacer en entendant le bébé pleurer que l’on ne retrouverait pas chez les hommes.

Personnellement en lisant ça je me suis faite 2 remarques  : d’abord je me déplace toujours quand j’entend quelqu’un pleurer et je le faisais déjà avant d’être mère. Ensuite malgré tout dans notre société les tâches relatives aux enfants reviennent encore en grande partie aux femmes… Est-ce que les hommes n’ont pas intégré le fait que ce n’est pas à eux de se lever ?

 

 

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Les arguments en faveur de sa non-existence

 

L’homme est un animal comme les autres… Oui, mais pas tout à fait. Nous ne sommes en réalité pas soumis à nos instincts de la même façons que les animaux et cela tout simplement parce que nous disposons de notre libre arbitre.

C’est précisément ce libre arbitre qui nous permet de faire des choses n’allant pas dans le sens de la survie de l’espèce humaine comme par exemple, choisir de sauter en parachute (une pensée pour Maman BCBG^^), de faire une grève de la faim ou bien encore de vouloir interrompre une grossesse.

La neurologiste Catherine Vidal explique d’ailleurs que ce libre arbitre peut court-circuiter les instincts dépendants de nos hormones.

 

Finalement, selon elle, « le vécu d’une femme face à son enfant est le produit de son histoire personnelle, et du contexte social, économique, politique dans lequel naît cet enfant. « 

 

C’est justement cet élément que retient aussi la psychologue Maryse Vaillant pour dire qu’il n’existe pas d’instinct animal inscrit dans nos gènes qui nous pousserait à prendre soin de notre progéniture au moment de l’accouchement. 

Aucune femme n’est identique ni n’a le même vécu. Elle explique qu’à défaut d’instinct maternel, il y a « une élaboration psychique intense, souvent très pulsionnelle, déraisonnable ou merveilleuse, mais c’est toujours le résultat d’une histoire personnelle, celle de la mère et de son rapport à la maternité, autant qu’à son enfant ».

 

Entretenir l’idée que cet instinct existe c’est aussi sous-entendre que beaucoup de choses sont innées. Pourtant nous ne connaissons pas forcément les bons gestes pour donner le bain à notre enfant ou pour allaiter. Nous pouvons imiter mais tout cela n’est pas inné. Tous les parents se posent des questions et font de leur mieux.

Entretenir cette idée revient aussi à culpabiliser les mères qui manquent d’assurance et ne comprennent pas que tout n’aille pas de soit ou bien encore les mères qui n’arrivent pas à s’attacher à leur enfant.

 

 

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Personnellement, il m’arrive souvent de ne pas entendre Charlie pleurer la nuit. Nous avons la chance d’être deux et les fois où je ne l’entends pas, Daddy Olk répond présent. A sa naissance tous les gestes pour m’en occuper n’étaient pas innés.

Se peut-il qu’en conséquence je sois dénuée de tout instinct maternel ?

Pourtant quand il est né j’ai passé plusieurs heures à surveiller sa respiration si paisible pour m’assurer que tout allait bien, quand il pleure je sais sans problème identifier le type de pleurs dont il s’agit même s’il n’est pas en face de moi et quand il est malade mon coeur se serre et je le veille et le serre contre moi.

Alors si finalement la raison qui nous pousse à prendre soin de notre enfant ne comptait pas ? Si le fait de connaitre la source qui nous pousse à nous occuper de nos enfants était sans importance ? 

Parce qu’en réalité, il y a au moins une chose de tangible pour la plupart d’entre nous… C’est l’amour. L’amour que nous portons à nos enfant est bien réel lui et je crois que finalement pour moi c’est la seule chose qui compte.

 

 

instinct maternel

 

instinct maternel

 

 

Commentaires

  1. Mamande4
    16 février 2018 / 11 h 02 min

    Pour moi ce n’était pas inné, et cet instinct vient d’un sentiment protecteur lié à l’amour qu’on leur porte.

    • Julie Olk
      Auteur
      17 février 2018 / 12 h 02 min

      Oui ce n’est pas toujours inné en effet… la parentalité ça s’apprend. En plus je crois que de toute façon on fait forcément des erreurs. Le fait est que l’on cherche majoritairement à faire au mieux pour nos enfants 😉

  2. mamanpavlova
    16 février 2018 / 12 h 02 min

    ici, des que j’ai appris que j’etais enceinte je me suis sentie transformé et a sa naissance tout etait une evidence , c’est peut etre les 3 ans de PMA; qui m’on fait cogiter durant ce manque viceral d’enfant, je ne sais pas … En tout cas je fais partie de celle qui dise q’il peut exister. Mais chaque histoire est unique donc pas de generalite 🙂

    • Julie Olk
      Auteur
      17 février 2018 / 12 h 02 min

      Oui tu soulignes une chose importante que je n’ai peut-être pas suffisamment mise en évidence dans l’article d’ailleurs… Chaque histoire à sa singularité. Cela doit beaucoup jouer à mon avis. Il est possible que les 3 ans de PMA t’aient permis de te préparer et de te projeter plus en amont dans ce rôle de maman et c’est tant mieux 😉 

  3. Mumtwokids
    16 février 2018 / 3 h 02 min

    Et bien j’avoue qu’après la lecture de ton article, je me questionne. J’aurais tendance à penser que durant la grossesse nous avons notre instinct maternel qui est présent, qui fait que nous essayons au maximum de protéger l’être qui grandit à l’intérieur de nous pour qu’il naisse en parfaite santé, puis ensuite vient l’amour qui grandit au fur et à mesure pour ne plus jamais partir.

    • Julie Olk
      Auteur
      17 février 2018 / 12 h 02 min

      Déjà je suis heureuse de lire que cet article te fait te poser des questions. C’est flatteur il faut bien le dire^^
      J’avoue que c’est un débat compliqué. Toute les mères n’ont pas forcément une grossesse épanouie et toutes ne souhaitent pas forcément d’ailleurs arriver au terme de cette grossesse… Dans ce cas, où est ce fameux instinct ? Vaste débat^^

      • Hélène
        17 février 2018 / 1 h 02 min

        Je suis totalement en accord avec ce que tu dis ! Je pense avoir l’instinct maternel depuis l’annonce de ma grossesse (protéger mon enfant, tout faire pour qu’il soit en bonne santé) et l’amour que j’ai eu pour lui et venu bien après sa naissance, où les premières interactions ont eu lieu (là j’ai compris ce que c’était l’amour inconditionnel).

      • Julie Olk
        Auteur
        17 février 2018 / 1 h 02 min

        Merci beaucoup Hélène pour ce témoignage. J’avoue que j’ai aimé mon enfant avant sa venue au monde et que cet amour ne cesse de grandir aujourd’hui. Je dois bien reconnaître qu’il s’agit là d’un amour inconditionnel et irrationnel. Je ferais tout pour mon enfant.

  4. mamansurlefil
    16 février 2018 / 8 h 02 min

    Encore super intéressant ton billet… Je me suis longtemps posé la question car la relation avec ma fille a été compliquée et pas franchement innée… Je pense que nous perdons petit à petit nos instincts primaires de mammifères… Et, être mère, aimer ses enfants, cela s’apprend…
    Bises
    Virginie

    • Julie Olk
      Auteur
      17 février 2018 / 12 h 02 min

      Je pense que tu soulignes un élément essentiel… Être parent ça s’apprend ! 
      C’est tout à fait exact tout comme le fait que l’amour qu’on leur porte se construit et évolue petit à petit.
      Merci beaucoup pour ton message 😉

  5. Emma
    4 avril 2018 / 1 h 04 min

    Je trouve ton point de vue très intéressant. Perso, je n’arrive toujours pas à expliquer ce concept d’instinct maternel. On entend plusieurs définitions ici et là. À mon sens cela n’a pas d’importance. 

    • Julie Olk
      Auteur
      11 avril 2018 / 11 h 04 min

      Oui je suis d’accord le fait qu’il y ait beaucoup de définition n’aide pas^^😆

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