Mon accouchement difficile doit-il être tabou ?

accouchement difficile

 

Je n’ai aucun trou noir.

Je me souviens de presque tout et je revois sans peine la lumière au dessus de nos têtes. Malgré tout il y a bien un moment où une distance s’installe. Un moment où je ne suis plus vraiment là. Où ce corps ne m’appartient plus. Où je ne l’habite plus…  Un moment où j’en suis devenu l’otage à mi chemin dans ce tunnel entre la lumière de la salle et le trou noir.

 

Pourtant tout avait bien commencé. Je suis entrée dans la salle d’accouchement dans la joie et l’allégresse, heureuse et prête à rencontrer ce petit être à qui je parlais chaque jour depuis si longtemps. Je suis entrée dans la salle d’accouchement, au bras de mon époux, débordante de joie et impatiente. Je suis entrée dans la salle d’accouchement la fleur au fusil…

Si bien que je me demande encore aujourd’hui comment le tableau a pu se noircir aussi vite.

 

Ce moment si étrange est celui de mon accouchement. Je l’ai longtemps gardé pour moi par pudeur d’abord mais pas seulement…

Et puis, comme je vous l’avais dit sur Instagram, il y a bientôt 2 mois on m’a demandé si je taisais tout ça pour ne pas effrayer et entretenir l’image des accouchements parfaits dont on n’a que des bons souvenirs.

La question a alors germé dans mon esprit, mon accouchement difficile doit-il être tabou ?

 

« Bonjour, installez-vous confortablement. L’anesthésiste arrive pour vous poser la péridurale et après nous commencerons tranquillement le déclenchement. » 

 

 

Article lié : Comment bien vivre sa grossesse sous anticoagulants ? 

 

 

 

Pourquoi je n’ai pas parlé de mon accouchement difficile plus tôt ?

 

Avant je disais simplement que j’avais eu un accouchement un peu compliqué. J’évitais tout particulièrement d’en parler avec de futures mamans ou même simplement avec des femmes en âge d’avoir des enfants.

Mais pourquoi ?

 

Cet accouchement je m’en souviens bien mais pas uniquement comme le jour de la naissance de mon fils. Je me souviens aussi de la douleur terrible qui n’en finit pas, de cette péridurale qui ne marche pas, de ce bébé coincé et dont on ne sait pas s’il va survivre.

Je n’ai pas oublié la peur quand tu comprends après que ce tout premier jour ensemble aurait pu être le dernier pour tous les deux. 

 

Lorsque je me pose la question aujourd’hui, je crois que je ne souhaitais pas particulièrement ressasser tout ça, qu’il y avait aussi un peu honte (de ne pas avoir réussi à avoir un bel accouchement) et que je ne souhaitais pas effrayer qui que se soit. Après tout, ce genre de cas reste rare en France et ça ne m’empêchera de vivre une autre grossesse.

 

Pour autant si je ne voulais effrayer personne, je ne souhaitais pas non plus en faire un tabou ou entretenir quelque mythe que ce soit.

 

« Tout va bien » dit le médecin qui rentre dans la pièce et vient se joindre aux 7 autres déjà présents… Si tout va bien pourquoi la péridurale ne fonctionne pas ? Pourquoi est-ce que toutes les machines vocifèrent ? Pourquoi mon bébé n’est-il toujours pas là ? Et puis doucement je n’arrive plus à penser à tout ça, je ne suis plus là. Ma tête me donne le sentiment d’être sous l’eau et je ne comprends pas les sons qui sortent de la bouche des médecins. Le temps s’écoule, une éternité.

Puis la douleur s’apaise et cette femme part en courant avec mon bébé dans les bras.

 

 

Article lié : Avec ou sans anesthésie péridurale : la naissance d’un faux débat autour de l’accouchement

 

 

 

Pourquoi mon accouchement ne doit pas être tabou ?

 

Aujourd’hui la page est tournée. Je ne regrette rien de cette journée qui restera la plus belle d’entre toutes, celle où mon fils et moi nous sommes rencontrés. 

 

Pourtant il m’a semblé important d’en parler. Je l’ai fait dans un premier temps sur Instagram et vous avez été nombreuses à m’écrire en commentaires ou en messages privés.  Il faut dire que malgré tout il est vrai que l’on parle assez peu des accouchements difficiles alors je me suis dit qu’il serait bien d’en parler ici aussi.

 

Je crois qu’il est important d’en parler et que ce ne doit pas être un sujet tabou. Tout simplement déjà parce qu’en effet, les accouchements ne se passent pas tous bien. Après tout accoucher n’est pas anodin et si nous avons la chance d’avoir une bonne prise en charge aujourd’hui il ne faut pas oublier que ce n’est le cas partout. 

Je dis aussi cela parce que j’ai le sentiment qu’à aucun moment pendant ma grossesse on ne m’avait laisser envisager que l’accouchement pourrait mal se passer (d’autant plus que j’étais déclenchée et que l’on pouvait donc voir venir). C’est quelque chose que je regrette même si je suis consciente que ça n’aurait rien changé.

 

 

Après nos échanges sur Instagram j’ai aussi compris que celles qui ont aussi connu un accouchement un peu compliqué (et il semble que nous soyons plus nombreuses qu’il n’y parait) ont aussi besoin d’entendre qu’elles ne sont pas un cas isolé. 

 

La femme repasse la porte « il pleure et est en étant de choc mais tout va bien ! Monsieur, il vous attend. » Le temps passe encore et j’attend seule un long moment en réclamant mon bébé aux 4 murs de la pièces. Daddy Olk passe alors la porte et me le tend comme un présent. Nous nous regardons tous les deux un instant… Un moment d’éternité que je n’oublierais pas.

 

 

Article lié : 5 bonnes idées de cadeau de naissance !

 

 

 

On parle peu des accouchements difficiles. Avec cet article je n’ai à aucun moment voulu rentrer dans les détails de mon accouchement. Ce n’était l’objectif que je m’étais fixé. Ce que je voulais c’était simplement dire ici qu’un accouchement compliqué n’est pas un sujet tabou et que ce sont des choses qui arrivent. Je crois aussi qu’il ne faut pas oublier que les accouchements peuvent aussi très bien se passer et que rien n’est jamais tout noir ou tout blanc.

Quand tout se fini bien le bonheur est là, immense, et panse les blessures.

 

accouchement difficile

accouchement difficile

 

 

Commentaires

  1. Madame Bobette
    22 juin 2018 / 11 h 06 min

    Une belle manière de le raconter. Un accouchement, peu importe qu’il se passe bien ou mal, est toujours fait d’imprévus. On y est rarement préparé et c’est important d’en parler. Un accouchement difficile ne devrait pas être tabou. Libre à chacun d’écouter ou lire l’histoire. Certains en ont besoin pour se sentir moins seuls, d’autres pour se préparer à tout et quelques uns préfèreront ignorer pour ne pas se faire peur… Finalement, comme pour tout, chacun ses choix mais quoiqu’il arrive, ça ne doit pas être un tabou!

    • Julie Olk
      Auteur
      29 juin 2018 / 11 h 06 min

      Merci beaucoup pour ton message… Effectivement je n’en parlais pas mais ce n’était pas entretenir quel que tabou que ce soit. Cet article m’a demandé un peu de temps mais je suis contente de l’avoir écrit…

  2. Caro - WondermumBreizh
    22 juin 2018 / 11 h 06 min

    Un accouchement ça appartient à ceux qui le vivent. Même si j’aime bien lire les récits d’accouchement, il faut que l’auteure accepte de se dévoiler. Aujourd’hui tu nous en parles à ta façon, et je pense que c’est la plus jolie facon qu’il soit. 

    merci pour ce partage

    • Julie Olk
      Auteur
      29 juin 2018 / 11 h 06 min

      Merci beaucoup.
      Je souhaitais en parler sans entrer dans le détail… Je suis vraiment touchée de voir que ce texte t’a plu ❤

  3. Tilleul_Menthe
    22 juin 2018 / 12 h 06 min

    Je te rejoins totalement, ce ne doit pas être un sujet tabou. J’ai toujours eu « peur » de l’accouchement, c’était le moment que je redoutais le plus et pourtant j’ai eu un accouchement rapide et efficace. Seulement, j’ai eu une grossesse difficile… et tout pareil que l’accouchement, j’aurai aimé savoir que non, les grossesses et les accouchements ne se passent pas forcément super bien pour toutes les femmes. Mais tout comme toi, ça ne m’empêchera de retomber enceinte malgré les épreuves passées. Je t’embrasse et bravo pour ce bel article !

    • Julie Olk
      Auteur
      5 août 2018 / 11 h 08 min

      En te lisant je réalise à quel point ce serait plus simple d’arrêter de faire croire que tout est seulement beau, facile et simple…

  4. Elisa
    22 juin 2018 / 12 h 06 min

    J’ai eu un accouchement qui ressemble au tien d’après ce que tu dis dans ton article: la joie et la délivrance (j’ai eu une grossesse horrible) et puis la péridurale qui ne marche pas et les battements du coeur de mon bébé qui diminuent de moitié en quelques secondes. Mon fils est né avec une grosse détresse respiratoire, il ne pleurait pas et j’ai bien cru que je le perdais. Il m’a fallu à peu près un an pour en parler, un an où je crevais d’angoisse parce que j’avais peur qu’il arrête de respirer. Aujourd’hui, il a 6 ans et est déjà en primaire. Il va bien mais il a quelques difficultés qu’on peut peut-être imputer à cette naissance difficile. J’en parlerai dans un prochain article. Tabou? pourquoi? on s’en fout de ce que pensent les gens. T’as pas eu un accouchement de rêve, t’as pas eu un accouchement de rêve et puis voilà! Il est temps de lever les voiles sur tout ça.

    • Julie Olk
      Auteur
      29 juin 2018 / 11 h 06 min

      Merci pour ton message. Je suis d’accord, tous les accouchements ne sont pas parfaits, et alors ? C’est la vie pour le coup et ça arrive alors inutile d’essayer de nous faire croire le contraire.
      Je crois oui que nous avons eu des accouchements similaires… J’en suis désolée. J’ai passé de longs mois à surveiller sa respiration dans son sommeil…

  5. WorkingMutti
    22 juin 2018 / 5 h 06 min

    On en parle peu à cause du mythe de l’amour immédiat et des « tu vas tout oublier ». On a aussi toujours tendance à minimiser la douleur des femmes.
    Merci d’en parler.

    Moi aussi je pensais que mon premier accouchement n’était pas si pire. Et après j’ai réalisé …

    • Julie Olk
      Auteur
      29 juin 2018 / 11 h 06 min

      Oui je pense pouvoir dire que je n’oublierai jamais. C’est désormais derrière moi mais je m’en souviens. L’amour pour notre enfant n’en ai pas affecté simplement on n’est pas atteint d’amnésie soudainement.

  6. Maman Lempicka
    22 juin 2018 / 9 h 06 min

    Bravo pour ton article, et la question que tu poses est loin d’être anodine. Sur mon ancien blog, j’avais écrit le récit de mon accouchement sans péridurale (totalement subi), avec la douleur indescriptible que j’ai ressenti alors. Ça a été plutôt mal reçu. Alors, oui, je pense qu’il y a un tabou autour de la douleur, des ratés, tant que ça reste vague, pas de problème, mais quand on essaie de la quantifier et de la mettre précisément en mots, ça effraie. Comme si nos propres récits pouvaient empêcher les autres de procréer ou influer sur leur propre accouchement…Une phrase que tout le monde dit me revient soudain: « quand on pose le bébé sur toi, tu oublies toute la douleur ». Je n’ai rien oublié. Cette phrase, je la déteste. Elle entretient une sorte de nébuleuse autour de la réalité de l’accouchement. Alors bien-sûr, je te réponds: non, pas de tabou.

    • Julie Olk
      Auteur
      29 juin 2018 / 11 h 06 min

      Merci pour ton message. Je suis désolée que ton accouchement ne soit pas bien passée non plus.
      Comme toi j’explique souvent que non ça n’efface pas tout… Et je suis d’accord qu’elle fait partie de ce mythe de l’accouchement parfait 😤

  7. Mylia
    22 juin 2018 / 10 h 06 min

    Je ne pense pas qu’il doive y avoir de tabous, parce qu’au contraire c’est important de pouvoir se soutenir et oui je pense que ça fait du bien aux femmes qui ont elles aussi vécu un accouchement difficiles de se sentir moins seules. 
    Par contre je pense qu’il faut faire attention, enceinte, à ce qu’on lit. Personnellement je suis dans mon dernier mois de grossesse et j’évite scrupuleusement tous les récits douloureux d’accouchement, simplement parce que je trouve ça beaucoup trop angoissant. Mais je crois que c’est surtout aux lectrices de faire le tri entre ce qu’elles se sentent le courage de lire ou non, et certainement pas à toi de t’imposer le silence !

    • Julie Olk
      Auteur
      29 juin 2018 / 11 h 06 min

      Merci beaucoup pour ton témoignage. 
      En ce qui me concerne je crois avoir écrit cet article tel d’une façon qui m’aurait moi même permis de lire lorsque j’étais enceinte.
      Après en y réfléchissant je sais que j’aurai une autre grossesse et je suis pour le coup plus qu’avertit que le pire peut survenir. Pourtant je trouve ça paradoxalement rassurant de le savoir.

  8. Claire
    27 juin 2018 / 2 h 06 min

    Je pense qu’il ne devrait pas y avoir de tabou. C’est un peu comme la grossesse, on nous la vend comme merveilleuse et épanouissante, mais je pense qu’au final, il y a très peu de personne qui connaisse cet état toute leur grossesse. 
    Mais bien c’est plus vendeur !

    • Julie Olk
      Auteur
      29 juin 2018 / 11 h 06 min

      Tu mets le dois sur quelque chose d’essentiel. Une remarque que je ne m’étais pas faite mais oui c’est un peu comme la grossesse. Même si on en parle plus que des accouchements difficiles on continue tout de même de vendre des grossesses parfaites.

  9. Mumtwokids
    29 juin 2018 / 3 h 06 min

    Tu as entièrement raison d’en parler et tu n’as pas à avoir honte de ne pas avoir réussi ton accouchement. Ton bébé est né et c’est ça le principal, tu l’as mis au monde, dans la douleur et la difficulté mais il est là. Les accouchements sont loin d’être une partie de plaisir, n’en déplaisent à certains et malheureusement on peut perdre la vie en la donnant ou bien le bébé peut ne pas survivre à l’épreuve…Non accoucher ça n’est pas rien et ça n’est pas toujours tout rose 

    • Julie Olk
      Auteur
      29 juin 2018 / 11 h 06 min

      Oui c’est exactement ça ce n’est pas toujours tout rose et le fait de simplement le savoir en amont (sans pour autant savoir tout ce qui peut arriver de terrible non plus), juste savoir que ce n’est pas tout rose… C’est une chose dont j’aurais eu besoin. 

  10. Claire
    20 avril 2019 / 1 h 04 min

    Ça ne doit pas être tabou. J’ai vécu un accouchement traumatique (déclenchée, forceps, cordon autour du cou, déchirures intérieures) et je suis allée voir un médecin peu de temps après, vieille école surement’, dont la seule explication à mes douleurs post partum était que j’en n’investissais pas assez ma maternité et que la douleur était dans ma tête. Il est important d’en parler pour que les nombreuses femmes à qui ça arrive ne se sentent pas seules. Avant, lorsque les accouchements étaient un vrai risque de’ mort, les femmes dans une famille en parlaient entre elles mais depuis 40 ans, on fait croire que péri + maternité = 0 danger ou 0 douleur….

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.